Afrique: Mme Souad Aden-Osman, Directrice Exécutive de la Coalition pour le dialogue sur l’Afrique (Coda) – «L’UA aura une position commune africaine sur le recouvrement des biens gelés»

L’Union Africaine (UA) s’est résolument engagée à harmoniser la position des pays membres dans la riposte contre les flux financiers illicites (FFI). A cet effet, elle travaille sur une position commune qui devrait être disponible en janvier 2020. C’est ce qu’indique Mme Souad Aden-Osman, Directrice Exécutive de la Coalition pour le dialogue sur l’Afrique (Coda) qui est une plateforme de dialogue et de débat, créée par l’UA, la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (Cea) et la Banque africaine de développement (Bad). Elle assume également les fonctions de coordinatrice du secrétariat du groupe de Haut niveau et du Consortium chargé de lutter contre les flux financiers illicites en provenance d’Afrique. De passage à Dakar, en prélude à la conférence sur la ZLECAf, prévue les 25, 26 et 27 Novembre à Addis Abeba avec les chambres de commerce africaines, elle a visité la rédaction de AllAfrica.com, le 6 novembre 2019, pour partager avec nous cette vision commune africaine contre ce fléau.

Est-ce que vous pouvez expliquer à nos lecteur c’est quoi la Coalition pour le dialogue sur l’Afrique (Coda) ?

La CoDA est la plateforme reconnue par l’Union africaine pour faire de sorte que les parties prenantes, surtout la société civile, les médias, les intellectuels, entre autres, puissent contribuer aux discussions intergouvernementales sur des sujets comme les flux financiers, la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), entre autres.

Pour la ZLECAf, tout est en train de se faire très rapidement et les discussions se poursuivent entre les gouvernements et les autres parties prenantes. Le rôle de la Coda c’est d’organiser et de faciliter le dialogue entre les décideurs politiques et l’autre entité. Nous organisons des rencontres pour permettre aux décideurs politiques et à la société civile, les médias et les autres de discuter ensemble des questions qui touchent l’avenir du continent

C’est dans ce cadre que nous allons organiser à Addis Abeba une rencontre entre les chambres de commerce, les experts en investissement, les producteurs pour leur permettre de discuter et de trouver ensemble des solutions globales et spécifiques aux problèmes liés aux échanges commerciaux, entre autres. A cet effet, je rappelle que la Banque Africaine de développement, AFREXIM Bank (African Export and Import Bank), les Afrochampions sont en train de faire un très bon travail pour structurer la manière dont le secteur privé va interagir avec les gouvernements et avec l’UA sur la question de la ZLECAf.

Ils sont en train de discuter sur les structures de cette future institution. Il y a trois protocoles qui sont les plus importants dont celui de la propriété intellectuelle, les investissements et la compétition. En juillet 2020, tout le monde est sensé travailler sur le nouveau régime. Il faut aussi se féliciter du fait que 54 pays sur les 55  ont déjà signés et 28 pays ont ratifié.

D’où l’importance de la conférence sur la ZLECAf, que vous organisez les 25, 26 et 27 Novembre 2019 à Addis Abeba. Est-ce que vous pouvez revenir sur les enjeux de cette rencontre ?

Ce sera une occasion de tâter le poule et de voir où est ce qu’on en est. Il y a beaucoup de choses, de tractations, des négociations qui se passent en ce moment dans ce domaine. Cette rencontre permettra à la Commission de l’Union africaine qui est responsable de sa mise en œuvre de partager certaines informations avec les autres parties prenantes et surtout les chambres de commerces.

Il faut aussi noter que les communautés économiques régionales ont un rôle à jouer et aimeraient savoir de quelle manière elles vont interagir avec l’UA, une fois que l’installation du secrétariat à Accra sera effective.

On a dit que le 25 novembre, c’est pour les Afrochampions qui vont tenir une réunion en dehors du programme de l’UA pour consulter les chambres de commerce sur des outils qui ont été développés et devant les aider à comprendre et à bien interagir avec leurs gouvernements respectifs.

On aura aussi le dialogue qui est une plénière ouverte à beaucoup de participants. Le lendemain, ils vont se concentrer sur les termes de référence de ce Business Council. La commission ne sait pas encore si le secteur privé veut devenir maintenant un Business Council ou s’il veut autre chose. Ils vont vouloir déterminer comment ça marche.

Il s’agit de faire comprendre qui fait quoi, où est ce qu’on en est et quel rôle jouer, puis de le déterminer en plus des implications et les bénéficies qu’ils en tireront.

Là, vous êtes à la tête d’une Coalition pour le dialogue en Afrique. Qu’est ce qui fait les spécificités de votre organisation ?

La Coalition pour le dialogue en Afrique (Coda) était mise en place il y a 10 ans par la Commission de l’Union africaine, la Banque africaine de développement et la Commission des Nations Unies pour l’Afrique.

A l’époque, on avait deux plateformes qui étaient toutes les deux à Washington dont une à la Banque mondiale et une au FMI. Les Africains y allaient pour discuter. On avait fait part de notre étonnement d’aller jusqu’à Washington pour discuter des questions africaines et c’est là qu’on a remplacé ces plateformes par la création de la CODA.

En dix ans, s’il y’avait quelque chose qu’on pouvait reconnaitre à la CODA c’est le fait d’avoir permis aux africains de pouvoir discuter ensemble et de trouver des solutionner ensemble.

Nous nous réjouissons du fait de pouvoir offrir une plateforme où décideurs politiques, les médias, les intellectuels et le secteur privé peuvent s’assoir autour d’une même table pour échanger. Ce dialogue permet de prendre en compte les inquiétudes et réticences des uns et des autres en vue de les résoudre.

Donc en terme de bilan de la CODA, qu’est-ce qu’on peut retenir ?

Il y a 10 ans, elle était considérée comme l’une des initiatives de la Communauté internationale, des Nations Unies et de la BAD.

Maintenant, l’UA s’en est appropriée estimant que la Coda lui apportera plus et le fait de l’avoir ramené entre ses murs a permis d’agrandir et de restructurer le secrétariat du panel sur les flux financiers illicites et d’aligner sur un consortium de 15 organisations qui travaillent sur les défis que pose ce phénomène.

Qu’est-ce que la CODA a fait pour limiter sinon combattre ces Flux Financiers Illicites?

Il y’a beaucoup d’informations que nous avons sur le sujet. C’est un phénomène qui est difficile à mesurer parce qu’il se manifeste de manière invisible.

Dix ans après, du point de vu africain, on s’est entendu sur la définition du concept mais d’un point de vu global on a poussé l’agenda au point que c’est maintenant un indicateur des ODD, celui 16.4.1

On ne s’entend pas sur cette définition partant du principe qu’on est plus en phase, pas sur l’evasion fiscale mais l’éviction fiscale. On sait tous en Afrique que ce sont les multinationales qui savent qu’on a des manquements dans le cadre institutionnel et législatif et font ce qu’on appelle, partout ailleurs, du « taxe planning ».

Ce n’est pas nouveau en soi mais comme c’est pratiquer à outrance ça devient immoral. C’est pour cela que ça reste illicite mais ça ne nous permet pas de dire que c’est criminaliser ou pas.

Sur cette question, la CODA reste une plateforme qui permet qu’on y travaille de façon cohérente. Dans le cadre de l’UA, sur cette question, on est en train de formuler une position commune africaine sur le recouvrement des biens qui vont souvent vers des destinations qui sont nos partenaires commerciaux que nous pouvons contacter collectivement malgré les difficiles conditions posées pour la restitution et les standards exigés. Ça peut aller sur des procès qui vont durer pendant une décennie et demie.

Le panel de l’UA dit que les banques qui reçoivent ces flux financiers illicites sont aussi coupables que ceux qui ont volé cet argent. Elles ne devraient pas garder cet argent pendant toute cette période mais plutôt le mettre dans une banque de développement.

Donc, on travaille pour avoir une position commune africaine en janvier et on va essayer de l’apporter au niveau global surtout que c’est le Nigéria qui va abriter l’Assemblée générale. C’est un pays très passionné par cette question et c’est une opportunité à saisir pour l’Afrique.

Face à ces nombreux défis, quelles doivent être les nouvelles orientations pour une organisation comme la CODA qui, 10 ans après, est revenue au-devant de la scène africaine ?

Il est important de reconnaitre qu’il y a énormément d’acteurs peu importe le sujet que l’on veut traiter. On est très nombreux et quand on est à l’UA, c’est une cacophonie. On ne sait pas qui dit quoi. Devant cet état de fait, à l’image de ce qui a été initié pour les flux financiers illicites, avec la ZLECAf, CODA veut se porter comme la structure qui crée un peu de cohérence au sein de la société civile surtout dans leur engagement avec l’UA.

L’organisation africaine a trop de partenaires. Dans le continent, le mot partenaire renvoie souvent aux bailleurs de fonds. Changer cette mentalité, c’est faire comprendre et accepter que si on devrait sortir de vraies solutions ça viendra de ceux qui sont sur le terrain.

Il faut qu’il y ait des canaux, des mécanismes de coordination et de communication avec ces gens. On va continuer à être une plateforme d’échange et de dialogue qui va permettre aux autres qui n’avaient pas l’habitude de venir à l’UA de se rapprocher.

Votre dernier message à l’endroit des acteurs et des parties prenantes ?

On souhaite que les décideurs politiques et la société civile continuent de dialoguer ensemble. Ces deux entités jouent un rôle et ce serait bien qu’elles conjuguent leurs efforts ensemble.

Tous les acteurs non étatiques peuvent être considérés comme faisant partie de la société civile. Un ancien chef d’Etat qui a sa fondation est logé dans ce groupe ainsi que tous les acteurs non étatiques. C’est pourquoi, nous lançons un appel à toutes les parties prenantes à engager des échanges féconds pour le développement du continent et l’épanouissement de son peuple, le peuple d’Afrique.